Bâchage et débâchage mécanisé des silos de betteraves en Picardie : interview d’un entrepreneur

Eric Rigaux dirige une entreprise à Gruny dans la Somme spécialisée dans le transport et le chargement de betteraves ainsi que dans les travaux publics. Depuis cet automne, il réalise également des chantiers de bâchage et débâchage mécanisés chez les planteurs de Saint Louis Sucre.

En quoi consiste votre nouvelle activité de bâchage et débâchage mécanisé ?

Éric Rigaux : L’entreprise intervient pour le compte de la sucrerie de Roye sur le secteur de la grue n°30 qui s’étend de Damery à Moreuil. Nous nous sommes équipés récemment du matériel Klünder. Il s’agit d’une machine spécifique d’origine allemande, conçue pour poser et reprendre des bâches géotextiles sur des tas de betteraves en limitant les interventions manuelles. Chaque bâche mesure un peu moins de 18 m de largeur pour une longueur de 25 m. Elles sont repliées en trois couches et conditionnées en rouleaux autour d’un tube en acier de 6 m. La mise en place se fait en deux étapes. Grâce à un bras repliable à l’arrière du tracteur, le chauffeur prend un rouleau de bâche et le déroule sur le tas. Il est assisté de deux ou trois personnes qui tirent les côtés de la bâche pour la déplier complétement. Puis, le tracteur repasse tout autour du tas pour arrimer la bâche en l’insérant sous les betteraves. Le chauffeur utilise pour cela un disque placé sur un second bras télescopique porté sur le relevage avant du tracteur. Ce disque rotatif est entraîné par un moteur hydraulique. Le même matériel est utilisé pour débâcher le tas. Le chauffeur prend un tube vide et le pose au contact de la bâche. En le faisant tourner, le tissu s’enroule facilement car une petite accroche est soudée sur le tube. Il suffit alors de réenrouler chaque bâche et de les ranger sur la remorque. 

La pose et la dépose de la bâche sont assurées par l’entreprise qui s’est équipée d’une machine conçue spécifiquement pour manipuler les rouleaux.

Quels sont les avantages pour un agriculteur de faire appel à vous en prestation ?

Éric Rigaux : Comparé à un bâchage manuel qui requiert du personnel et qui s’effectue souvent dans des conditions pénibles, notre système est rapide, efficace et en grande partie mécanisé. Nous proposons un chantier complet avec la pose, l’arrimage et le retrait de la bâche avant l’enlèvement des betteraves. Le planteur ne s’occupe de rien et cela lui libère du temps pour gérer les autres travaux de son exploitation. Il n’a pas non plus besoin d’acheter, d’entretenir et de stocker des bâches, puisque la fourniture est incluse dans la prestation. Cela a bien sûr un coût, mais Saint Louis Sucre prend en charge 50% du coût de la prestation. Grâce au bâchage, les betteraves sont protégées du froid, mais aussi de l’humidité. Les racines sèchent rapidement et au moment de la reprise, la terre se décolle beaucoup plus facilement. Autre avantage, avec le bâchâge mécanisé les bâches sont mieux arrimées, limitant fortement la prise au vent.

Le géotextile est inséré sous les betteraves en bordure du tas au moyen de ce disque placé à l’avant du tracteur.

Quelles sont les consignes à respecter par le planteur pour que le bâchage se déroule dans de bonnes conditions ?

Éric Rigaux : Le silo ne doit pas dépasser 14 m de largeur à la base. Avec une hauteur d’environ 4 m au maximum, cela correspond bien à nos bâches de 17,80 m par 25 m. Nous avons besoin d’un passage praticable tout autour du tas de betteraves d’environ 4 à 5 m, sans talus, ni fossé, ni poteaux qui pourraient gêner le travail de la machine. J’attire particulièrement l’attention des agriculteurs sur ce dernier point. Il faut aussi laisser une plateforme de 15 à 20 m de longueur en bout de silo pour déployer le matériel et garer la remorque contenant les rouleaux de bâches. Généralement l’espace prévu pour le déterreur convient parfaitement. Par ailleurs, plus la forme du silo est régulière, plus la bâche sera tendue. Il est préférable d’avoir des bordures rectilignes pour enfoncer la bâche correctement sous les betteraves. L’eau pourra alors bien s’écouler sans risque de voir une poche se former sur le dessus ou les côtés. 

Le planteur doit prévoir une plateforme libre pour que le matériel se déploie, ainsi qu’un espace carrossable, sans obstacle d’environ 4 à 5 m tout autour du silo.

Organisation des chantiers​ - Rappel des modalités

Dans un courrier envoyé aux planteurs le 14 octobre dernier, Saint Louis Sucre indiquait toutes les modalités d’organisation des chantiers de bâchage des silos. Voici, pour rappel les principaux éléments à connaître : 

L’ensemble des betteraves dont les mises à disposition se situent après le 01 décembre 2019 seront bâchées/débâchées mécaniquement par un prestataire local désigné. Les exploitants qui souhaitent gérer eux-mêmes la pose et la dépose de leur propre bâche doivent se signaler par écrit à Saint Louis Sucre.

Le planteur doit pancarter impérativement son silo et envoyer un avis de mise en silo dès sa constitution, sur le portail ou par mail.

La largeur du silo ne doit pas dépasser 14 mètres de large (largeur de 2 remorques) pour sa protection intégrale. Privilégier une forme pointue sans creux pour éviter les infiltrations d’eau.

Un accès de 4 mètres au minimum tout autour est nécessaire pour permettre le passage de la machine. Evitez le travail du sol à côté du silo ; respectez la zone des 15 mètres devant le silo pour positionner le matériel.

Pour ce dispositif de bâchage/débâchage mécanique, l’indemnité de précaution de 0,65 € par tonne effective prévue dans l’article 12.4 du contrat de livraison betteraves 2019-2020 reste applicable. 

Le coût de la prestation mécanisée s’élève à 1,30 € par tonne effective pour le planteur, bâche TOPTEX ou VELITEX comprise. La charge nette pour le planteur est donc de 0,65 € par tonne effective (1,30€ – 0,65€ d’indemnité) pour cette opération de bâchage/débâchage mécanisé. Ce montant sera prélevé sur la facture betterave du 30 Juin 2020.

Important : À l’annonce du gel, en l’absence de bâchage préventif, la sucrerie pourra lancer une alerte avec un avis de bâchage à réaliser IMPÉRATIVEMENT sous 48 heures. Pour ce bâchage d’urgence sur avis de gel, seul le bâchage manuel reste applicable. En effet, dans ces conditions d’urgence, l’opération de bâchage mécanique ne pourra pas s’appliquer. Pour ce bâchage manuel que vous aurez à réaliser, une indemnité de 0,31 € par tonne effective sera versée par Saint Louis Sucre le 30 juin 2020.