Comment booster la vie du sol pour favoriser la matière organique ?

Pour avancer dans ses réflexions, Benoit Guilbert continue d’expérimenter pour trouver le bon équilibre entre la vie du sol et les cultures. 

Benoît Guilbert

Benoît Guilbert s’interroge sur la fertilisation de ses productions végétales. « Comment être sûr de ce que l’on doit apporter aux cultures quand les analyses de sol ne prennent pas en compte la vie biologique dans leurs interprétations ? Cette caractéristique me paraît pourtant vitale dans la dynamique de restitution de la matière organique ! » Ces questionnements l’amènent à repenser ses intrants. Pratiquer du localisé pour apporter les éléments au plus près de la plante sans risque de brûlures, amener le sol à créer lui-même sa fertilité, etc. 

Comment être sûr de ce que l’on doit apporter aux cultures quand les analyses de sol ne prennent pas en compte la vie biologique dans leurs interprétations ?

Localiser les apports d’engrais pour stimuler le sol et la plante

Pour les semis de betteraves 2021, Benoit Guilbert va expérimenter la fertilisation localisée au semis. « En agriculture de conservation des sols, la minéralisation du sol en sortie d’hiver est plus lente qu’en système conventionnel. L’apport d’éléments minéraux en localisé stimule la plante et favorise la photosynthèse, ce qui rend la couverture du sol plus rapide. La plante se développe plus tôt et est donc plus résistante lors des épisodes de sécheresse. » Face à ce constat, l’agriculteur prévoit un apport localisé de soufre et phosphore, s’il réussit à modifier techniquement son matériel. Pour lui, le soufre est la clé d’entrée pour limiter le blocage de certains éléments du sol. Il permet même à d’autres d’être utilisables. « La disponibilité des minéraux du sol apporte de bonnes conditions de milieu aux bactéries, aux champignons et à la faune. Elle dynamise l’activité microbienne dès le semis de la culture et favorise les échanges entre le sol et la plante. » 

Pour stimuler la vie du sol, Benoit Guilbert utilise le strip-till. « Cette pratique permet de moins travailler le sol et évite de casser les hyphes des champignons du sol. Elle maintient également la végétation en inter-rang qui crée de l’activité microbienne, stimulateur pour la culture. »

Les engrais organiques permettent au sol de s’organiser naturellement

Tous les deux ans, trois à quatre tonnes de fumier de poules sont épandues à l’automne. « J’effectue les épandages lorsque les conditions d’humidité du sol sont encore favorables au passage d’outils et sans risque de tasser le sol. Le fumier n’est pas enfoui. Il est décomposé sur la surface du sol, en conditions aérobies. La colonisation par les bactéries, les champignons et la faune du sol participe au recyclage de la matière et donc au cycle du carbone. » Pour l’agriculteur, les pertes par volatilisation sont peu élevées car le fumier est épandu sur un sol toujours couvert à l’automne. Les cultures en place profitent de la fumure et la restituent à la culture suivante. « Je voudrais davantage intensifier la production de couverts et de végétaux sur mes parcelles pour tendre vers une fertilisation de plus en plus organique, naturelle et moins minérale. L’apport d’intrants organiques favorise cette organisation naturelle du sol qui contribue à son bon équilibre. Des apports réguliers constituent la graisse du sol qui crée sa fertilité. »

Composition du fumier de poules utilisé par Benoit Guilbert. "Le fumier de poules est intéressant par sa teneur assez élevée en azote organique, facteur de fertilité du sol."

Composition du fumier de poules utilisé par Benoit Guilbert. "Le fumier de poules est intéressant par sa teneur assez élevée en azote organique, facteur de fertilité du sol."

Quelles alternatives aux engrais minéraux ?

En 2020, 140 unités d’azote, fractionnées en 3 apports, ont été apportées à la betterave : 40 unités avant le semis en plein, 40 unités incorporées au semis avec le strip-till et 60 unités après le premier désherbage. Cette année, Benoit Guilbert espère incorporer du phosphore avec l’azote sous forme solide (engrais type 18-46-00) en localisé pour apporter une dynamique de croissance de la betterave. « L’idéal serait de produire un maximum de plantes sur la parcelle pour recycler des éléments issus du sol. Par exemple, durant leur cycle de végétation, le sarrasin est capable de mobiliser le phosphore et le radis la potasse. »

Etre moins dépendant des intrants extérieurs à l’exploitation. C’est ce que vise Benoit Guilbert. Les alternatives intéressantes sont de deux ordres. La première est basée sur le développement de la faune du sol. « Plus elle est abondante, plus la faune du sol apporte de l’azote par ses déjections. Et il s’agit d’une forme d’azote directement assimilable. La faune du sol nourrit la plante et inversement. » La seconde alternative repose sur la mise en place de plantes compagnes et de couverts d’interculture, avec notamment des légumineuses dans les deux cas. « Je réfléchis à utiliser ma trémie frontale de distribution solide pour apporter simultanément de l’engrais et des plantes compagnes, sarrasin ou légumineuses. Celles-ci grandiront en même temps que les betteraves et lui apporteront, je l’espère, des bénéfices agronomiques. J’ai encore des incertitudes quant à la sélectivité des herbicides betteraves sur ces plantes. »

Composition du fumier de poules utilisés par Benoit Guilbert. "Le fumier de poules est intéressant par sa teneur assez élevée en azote organique, facteur de fertilité du sol.

Composition du fumier de poules utilisés par Benoit Guilbert. "Le fumier de poules est intéressant par sa teneur assez élevée en azote organique, facteur de fertilité du sol."

Composition du fumier de poules utilisés par Benoit Guilbert. "Le fumier de poules est intéressant par sa teneur assez élevée en azote organique, facteur de fertilité du sol.

J’espère obtenir des gains économiques par l’augmentation du rendement des cultures tout en maitrisant mes coûts et en étant de moins en moins dépendant de l’agro-fourniture.

Une rentabilité économique

En phase de transition vers l’agriculture de conservation des sols, Benoit Guilbert n’observe pas encore de gain économique sur le poste fertilisation de ses cultures. « Je suis plutôt fier de dire que j’ai transféré certains postes de charges pour faire fonctionner ma propre économie. Elle participe à l’évolution de mes sols. J’espère obtenir des gains économiques par l’augmentation du rendement des cultures tout en maitrisant mes coûts et en étant de moins en moins dépendant de l’agro-fourniture.