Ferme expérimentale de Südzucker : « expérimenter est une vraie chance pour tous les planteurs européens »

La ferme agroécologique d’Étrépagny possède une grande sœur en Allemagne. Grande parce qu’elle exploite 317 ha depuis 1862. Sœur parce qu’elle explore aussi toutes les pratiques à l’échelle de la rotation pour réduire les intrants, augmenter la biodiversité avec une rentabilité économique.

Localisée à Kirshgartshausen non loin de Mannheim, propriété du Land „Baden-Württemberg“ la ferme de démonstration de Südzucker a bien failli sortir du giron du groupe en 2020, date de renouvellement du bail. Les nouvelles exigences du Land sur ses terres imposent une conduite en bio. « Toutefois notre projet agroécologique marqué par un allongement de la rotation, le travail simplifié des sols et la création de zones de biodiversité a convaincu nos interlocuteurs, a expliqué Georg Vierling, directeur de la production du groupe Südzucker, aux 17 collaborateurs de Saint Louis Sucre et planteurs venus visiter la ferme les 15 et 16 juin lors du salon DLG Feldtage. Notre objectif est de répondre au Green Deal avec la réduction des produits phytosanitaires de 50 % et de protéger les écosystèmes tout en assurant la rentabilité économique. » Le projet de ferme vitrine de Südzucker est bien parti pour durer !

Changement climatique, stockage du carbone, réduction des intrants, la question posée à l’équipe d’expérimentation, en Allemagne comme en France, est bien de savoir de quelle manière les conseillers et les agriculteurs doivent s’adapter. « Notre capacité à trouver plus rapidement des solutions est une vraie chance, a commenté Thomas Nuytten, directeur betteravier Saint Louis Sucre. Nous appartenons à un groupe qui met les moyens pour expérimenter afin de transformer nos métiers. Les technologies sont émergentes. Nous pouvons distinguer ce qui est prometteur des techniques qui ne marchent pas. À nous de trouver parmi toutes les solutions celles qui pourront, dans un proche avenir, répondre aux situations agronomiques et économiques de chaque exploitation agricole. »

Allongement de la rotation, essais variétaux et désherbage pour trouver les bons compromis

La transition agroécologique commence par une remise à plat de la rotation. Sur la ferme de Kirshgartshausen la betterave occupe 16 % de la surface. La rotation intègre du soja, de la chicorée, du maïs, de l’orge, du colza, du seigle et 12 % de jachère.

Les principaux essais menés en betteraves concernent les itinéraires de désherbage chimique et mécanique pour réduire les IFT. La ferme possède deux robots : FarmDroïd et Ecorobotix ainsi qu’un pulvérisateur de précision Spot Sprayer d’Amazone. Le désherbinage est aussi pratiqué avec la houe rotative et FarmDroïd, tous les deux équipés d’une cuve : « FarmDroïd est rentable en bio, souligne Georg Vierling. Utilisé sur 4 ha de betteraves bio, il permet de réduire le travail de 130 heures par ha à 30 heures ». Le GPS avec une caméra embarquée sur Ecorobotix qui identifie les mauvaises herbes pour les cibler (avec le Spot Sprayer) lui semble une voie prometteuse. Toutefois dans les modalités d’essais, l’itinéraire technique avec cette machine qui a donné le meilleur résultat n’a pas pu faire l’économie du premier traitement racinaire sur toute la surface. La meilleure solution en grande culture sera certainement une protection chimique sur le rang et un désherbage mécanique en inter-rang.



Georg Vierling, directeur de production Südzucker (à droite) et Thomas Nuytten, directeur betteravier Saint Louis Sucre : « Nous avons la chance d’appartenir à un groupe qui nous donne les moyens d’évoluer vite dans nos métiers pour mieux accompagner les agriculteurs. »