La ferme pilote d’Étrépagny prend forme

Décidée en 2020, l’évolution de la ferme d’Étrépagny en site expérimental (et bien plus !) est en cours. L’objectif : tester des pratiques innovantes pour préserver la rentabilité de la betterave dans un écosystème en mouvement. Parmi les actions déjà en place : l’allongement de la rotation, le semis direct des couverts végétaux et d’une partie des céréales, l’aménagement territorial de l’exploitation agricole avec l’implantation de plus de 2 km de haies, et l’introduction de nouvelles technologies (Robot Farmdroïd).

L’évolution des demandes sociétales et la pression grandissante des normes environnementales et réglementaires questionnent notre modèle agricole actuel. Chez Saint Louis Sucre, tester des pratiques innovantes est ancré dans l’ADN de l’entreprise, au travers du projet Mont Blanc et plus largement, via la démarche engagée par la maison mère Südzucker. « Celle-ci possède déjà sa propre ferme expérimentale, de 300 ha, à Kirschgartshausen, explique Philippe Simonin, en charge du projet à Étrépagny. D’où l’idée de conduire des essais grandeur nature sur les 80 ha de la ferme rattachée à l’usine d’Étrépagny. »

Une équipe renforcée

Plus qu’un site expérimental, la ferme d’Etrépagny se veut également une vitrine pour les salariés, les planteurs et les clients industriels. Pour mener à bien ce projet, l’équipe de Saint Louis Sucre est épaulée, depuis septembre 2020, par Clément Bunias, apprenti ingénieur en 4e année à UniLaSalle Beauvais et par Lucile Dolleans, étudiante en 3e année dans la même école et en stage pour une période de 4 mois. « Les six premiers mois ont été consacrés à la réflexion globale du projet : choix de la rotation, aménagements territoriaux à prévoir... explique Clément Bunias. L’idée était de se projeter dans un programme réalisable à l’échelle régionale, dans le contexte pédoclimatique de la ferme. »

Clément Bunias, apprenti ingénieur en 4e année à UniLaSalle Beauvais

Une rotation de huit ans

Parmi les actions déjà engagées, l’allongement des rotations. «L’assolement passe du traditionnel betterave/blé/maïs à une rotation sur huit ans (1), détaille Clément Bunias. Une option pour diminuer la pression sanitaire au sein des parcelles et avec elle, l’IFT global de l’itinéraire technique. Autres actions visées : travailler le sol le moins possible pour diminuer les charges de mécanisation tout en l’aidant à se restructurer. L’implantation de couverts végétaux, à l’image de l’association trèfle/colza, est désormais systématique.»

La betterave doit rester rentable

« Pour Saint Louis Sucre, l’objectif est clair : continuer à produire de la betterave en Normandie en tenant compte de la baisse de l’utilisation des produits phytosanitaires, des attentes  des clients industriels, du verdissement attendu de la future PAC, du déploiement du label bas Carbone... et de toutes les évolutions liées à la mise en place de l’agroécologie, précise Philippe Simonin. La betterave peut contribuer à l’atteinte de ces objectifs. Des solutions existent. À nous de les identifier, de les rendre accessibles aux producteurs et de montrer qu’elles restent rentables. »

Jouer la carte de la pédagogie

La mission de cette ferme expérimentale est de créer des références, en termes de pratiques culturales, de biodiversité, d’IFT, de bilan carbone, de charges de mécanisation... et de les partager avec les planteurs pour les aider à mener leurs propres réflexions sur les pratiques à faire évoluer dans leurs exploitations. « Cette ferme se veut aussi une vitrine pour former nos inspecteurs de culture, poursuit Philippe Simonin. L’idée est de jouer la carte de la pédagogie. Si la betterave est au cœur du dispositif, toutes les cultures de la rotation seront bien évidemment auscultées. »

Réaménagement territorial

Du 8 au 10 novembre, plus de 2 km de haies ont été implantés en inter et intra-parcellaire pour accroître la biodiversité de la faune et de la flore au sein du parcellaire. « Chaque critère a été méticuleusement étudié, poursuit Clément. Choix des essences (2), espacement des plantations, orientation des haies par rapport aux cultures : le but est bien évidemment que ces aménagements ne perturbent ni la croissance des cultures en place ni le travail de l’ETA en charge des travaux de la ferme. L’implantation de bandes fleuries a également été réalisée cet automne. »

Les plantations ont mobilisé une équipe variant de 6 à 12 personnes pendant 3 jours

Les linéaires de haies sont plantés avec des essences variées.

Luzerne et miscanthus pour réduire les IFT

L’exploitation d’Etrépagny est traversée par une rivière (La Bonde) et fait également partie d’un bassin d’alimentation de captage d’eau potable. Pour répondre à des problématiques communes nous avons décidé d’implanter des cultures peu gourmandes en intrants en bordure de cette rivière, à l’instar de la luzerne ou du miscanthus, l’enjeu étant de préserver la ressource en eau. C’est également l’opportunité de développer des interactions entre acteurs de la filière agricole locale en l’occurrence Saint Louis Sucre et l’UCDV. Ces cultures ne pouvant pas être valorisées économiquement dès la première année, il a été important d’intégrer ce critère économique dans les réflexions globales, précise Philippe Simonin. La rentabilité des pratiques doit rester prioritaire. Sans cette validation, leur avenir est compromis. »

Se projeter dès à présent

« Une transition, quelle qu’elle soit, prend au moins trois ans, concède Philippe Simonin. Il est donc capital que les planteurs murissent dès à présent leurs réflexions. » « Cette transition vers plus d’agroécologie impliquera un transfert des charges : moins de phytos et de dépenses en mécanisation mais davantage de semences de couverts végétaux, moins d’interventions mécaniques mais plus de surveillance, explique Clément Bunias. Cette nouvelle approche ne se fait pas du jour au lendemain. »

Développement technologique

Saint Louis Sucre vient d’investir dans un robot automatique de semis et de désherbage notamment pour les betteraves, l’objectif étant de mesurer la rentabilité d’un tel outil. « Ce site a pour vocation de tester et d’explorer différentes innovations. Notre projet n’est pas de convertir la ferme au bio, mais l’idée est bien de réduire au maximum les intrants utilisés et de montrer que même dans de telles conditions, la betterave reste une culture pertinente dans nos régions ». 

  1. Betterave, blé, betterave, maïs grain, blé, colza, orge, blé.
  2. Cornouiller male - Cornus mas, Fusain d’Europe - Eunomyus europaeus, Érable plane - Acer platanoide, Charme commun - Carpinusbetulus, Noisetier coudrier - Corylusavellana, Orme champêtre - Ulmus campestris, Alisier torminal - Sorbus torminalis, Saule Marsault - Salixcaprea, Érable champêtre - Acer Campestre,  Cormier - Sorbusdomestica