Le semis direct : testé et approuvé

Convaincu de l’avenir des techniques culturales simplifiées, Guillaume Bruniaux réalise même des chantiers de semis chez ses voisins.

Guillaume Bruniaux

Agriculteur à Davenescourt (80)

Adepte des techniques culturales simplifiées (TCS) depuis 17 ans, Guillaume Bruniaux est passé au semis direct en 2017. Les premiers résultats sont encourageants et le confortent à peaufiner cette pratique pour notamment, réduire les pertes de pieds. Convaincu de l’avenir de ces techniques, il réalise même des chantiers de semis chez ses voisins.

Sur l’exploitation de Guillaume Bruniaux, les TCS ont fait leurs preuves. « Gain de temps, réduction de la pression adventices, augmentation de la fertilité des sols, hausse du taux de matière organique... Les atouts de ces pratiques sont nombreux, résume-t-il. Mais la gestion des graminées restait compliquée : le travail du sol, même superficiel, contribuant à faire germer les graines de mauvaise herbes. D’où l’idée de tester le semis direct pour ne plus du tout travailler les premiers horizons de terre. Voilà pourquoi j’ai investi dans un semoir à disque incliné qui ne remue plus du tout le sol.

Les couverts, un mélange de dix espèces

Dès la moisson des céréales, Guillaume Bruniaux sème, en semis direct, des engrais verts : un mélange d’une dizaine d’espèces associant des légumineuses, des graminées et des crucifères. « L’objectif étant que les systèmes racinaires et les parties foliaires de ces couverts explorent les différents horizons sous et au-dessus du sol, précise-t-il. J’épands ensuite du lisier de porc début septembre. Pour le semis de betterave, deux possibilités : soit je passe un déchaumeur fin novembre puis une rotative juste avant le semis ; soit je combine le passage du strip-till et du semoir en une seule étape ».

Ne pas semer les betteraves trop tôt

Première leçon de ces deux années d’essais : apprendre la patience. En semis direct, les sols se ressuient plus lentement car les couverts maintiennent la fraîcheur. « Cette année, j’ai voulu semer rapidement mais je pense que toutes les conditions n’étaient pas réunies, reconnaît-il. Les betteraves implantées tôt ont mis du temps à lever. Je pense m’interdire désormais de semer en mars. En betterave, la levée doit être rapide sous peine d’avoir des difficultés à contrôler les limaces et les tipules notamment. En revanche, la gestion des adventices est beaucoup plus simple et moins coûteuse : deux passages d’herbicides suffisent car la pression est moindre ».

Achat d’un strip-till en commun

Cette année, Guillaume Bruniaux a, avec deux de ses voisins, investi dans un strip-till pour le semis des betteraves, mais aussi du maïs et des haricots verts. Un achat qu’il rentabilise en proposant des prestations à plusieurs de ses voisins. « La technique de semis direct nécessite encore quelques ajustements car à mon goût, les pertes de pieds sont encore trop importantes : autour de 10 000. Je pense que la solution réside en partie dans la date de semis. Mais même avec moins de pieds, les rendements sont très corrects car le poids racine est amélioré. C’est donc très prometteur.  À terme, je suis convaincu que cette stratégie sera la bonne. Préserver la vie du sol, limiter les intrants chimiques... cela va dans le bon sens. » 

Oublier les a priori

Passionné de technique et soucieux d’apprendre, Guillaume Bruniaux participe à de nombreux échanges via les réseaux sociaux. « Cette année, je prévois de tester de nouvelles choses. Au lieu de mulcher les engrais verts au mois de novembre, je souhaite tester le passage du strip-till à 20 cm de profondeur dans les couverts pour ensuite repasser cet outil à 5 cm lors du semis. Autre solution : semer un second couvert en novembre, des féveroles, puis semer les betteraves dans ces cultures. Objectif : limiter la pression limaces et pucerons lors de la levée des betteraves ». 

Guillaume Bruniaux reconnaît que la conduite des betteraves en semis direct est plus compliquée, plus risquée, plus stressante. « Plus que les outils, il faut que la tête soit prête ! Oublier les a priori, se remettre en question... les mentalités doivent évoluer. Le sol est vivant. Moins on le travaillera, plus il y aura d’activité biologique et moins nous aurons à utiliser de la chimie. Car l’essentiel pour moi est bien là : que les plantes soient en bonne santé le plus naturellement possible ».

L’exploitation

  • 220 ha, à Davenescourt dans la Somme :
    betteraves, céréales, colza, pois et lin.
  • Atelier de 180 truies, naisseur-engraisseur.