Mont Blanc. La récolte des essais est en cours.

Le programme Mont Blanc se déploie chez les agriculteurs qui souhaitent expérimenter dans leurs parcelles des techniques faisant progresser la productivité de la culture de betteraves. Avec l’appui des inspecteurs de culture et des élèves ingénieurs en apprentissage, ces essais permettent d’élaborer de nouvelles références techniques et économiques. 

Programme Mont Blanc

Trois élèves ingénieurs en agriculture, en apprentissage 3 ans au sein du service betteravier de Roye et d’Etrépagny, suivent rigoureusement le bon déroulement des essais, de la mise en place jusqu’à la récolte. Malgré les conditions particulières de l’année liées à la Covid-19, la mise en place et le suivi des essais se sont déroulés avec la même rigueur que les années antérieures. Il en va de même pour les récoltes et la collecte des données qui en découlent. 

Des essais grandeur nature

« Ces essais sont réalisés à grande échelle dans les parcelles d’agriculteurs, sur une surface minimale de 2 ha chacun, explique Baptiste Potier, élève ingénieur en apprentissage à Roye depuis deux ans et en 5ème année à l’ISA de Lille (École d’ingénieurs en agriculture). Pour être dans les conditions réelles de l’exploitation, nous nous servons du matériel du planteur pour réaliser ces essais et parfois nous louons du matériel pour tester des techniques novatrices grandeur nature sur l’exploitation. Ainsi, les conditions d’implantation, les interventions en culture et la récolte des betteraves correspondent au plus près aux pratiques de l’agriculteur. C’est tout l’intérêt de ce type d’expérimentation. » Les élèves ingénieurs en apprentissage constatent que des essais grandeur nature sont plus opérationnels pour comparer différentes méthodes de travail comme le labour, le strip till ou le travail simplifié. Et les agriculteurs font le même constat. Ils mesurent mieux l’impact d’une pratique sur le comportement de la betterave en grande surface qu’en micro parcelles. C’est plus concret. « Ce partenariat avec les planteurs est motivant car ils sont demandeurs et avides de connaissances », souligne Baptiste. 

Baptiste Potier

Élève ingénieur en apprentissage à Roye

« Cette année, l’agriculture de conservation des sols (ACS) est la thématique à la pointe de l’actualité agronomique ! Elle est emblématique des nouveaux enjeux auxquels les planteurs sont confrontés. Ils veulent apprendre à maîtriser ces nouvelles techniques pour en tirer profit ». 

Des protocoles d’essais adaptés au contexte de l’année

Les protocoles d’essais ont été élaborés avec les agriculteurs expérimentateurs et les inspecteurs de culture. Les équipes de Roye et Etrépagny se concertent pour définir les essais communs à mettre en place. Et en plus, des thématiques spécifiques à chaque secteur sont implantées, en réponse aux demandes des planteurs locaux. 

Clément Bunias, en 3ème année à l’école Unilasalle de Beauvais et élève ingénieur en apprentissage depuis le mois de septembre à la sucrerie d’Etrépagny, poursuit les essais menés par son prédécesseur. « 15 essais ont été mis en place chez 13 agriculteurs. Ils sont orientés sur le travail du sol au moment de l’implantation, la fertilisation et les variétés simples et doubles tolérantes nématodes et rhizomanie. » 

Cette année, à Roye, 28 essais ont pu être menés à terme. Ils portent essentiellement sur le désherbage mécanique, les nouvelles techniques de travail du sol et les variétés doubles tolérantes. « Nos travaux sont axés sur la réduction du travail du sol et sur la comparaison d’outils de désherbage mécanique (bineuse, herse étrille et roto étrille). Nous souhaitons obtenir de nouvelles références et évaluer les bénéfices de ces pratiques vis-à-vis de la préservation de l’environnement », précise Baptiste Potier. 

Clément Bunias

Élève ingénieur en apprentissage à la sucrerie d’Etrépagny

« Nos observations et les premiers résultats sur la thématique ACS sont encourageants. Le semis direct est une technique qui sera davantage étudiée pour élargir nos compétences et nos connaissances sur le sujet ».

Un suivi complet du semis à la récolte

En 4ème année à l’école Unilasalle de Rouen et élève ingénieur en apprentissage depuis deux ans à Roye, Ughau Debreu participe aussi au suivi des essais du programme Mont Blanc. « Globalement, le contexte du printemps n’a pas bouleversé la réalisation des semis des essais de betteraves. Nous avons privilégié les contacts téléphoniques plutôt que physiques avec les agriculteurs. C’est d’ailleurs à nouveau le cas en cette période de récolte, explique Ughau. Habituellement, elles s’effectuent en octobre jusque début novembre. Mais cette année, l’équipe du programme Mont Blanc a volontairement décidé de décaler la date d’arrachage des essais. Nous voulions permettre à la betterave de compenser partiellement sa perte de production liée à la sécheresse et à la pression de la jaunisse ».

Sur le terrain, les élèves ingénieurs en apprentissage assurent la bonne coordination de la récolte des essais. Au 23 novembre, 16 essais à Roye et 10 essais à Etrépagny ont déjà été récoltés et réceptionnés. L’enlèvement des autres silos d’essais va se poursuivre dans les jours et les semaines à venir.

Ughau Debreu

Élève ingénieur en apprentissage à Roye

« Les suivis d’essais de désherbage mécanique sont très concrets. Après chaque intervention, les effets de l’outil sont rapidement observables et mesurables ».

1 modalité = 1 silo

À chaque modalité correspond un seul silo bien distinct et identifié. Il sera réceptionné à l’usine puis échantillonné. « Les betteraves sont prélevées dans chaque camion pour évaluer le tonnage racine, la richesse, la tare terre et les BNM (Betteraves Non Marchandes). Pour calculer le rendement, nous nous fions au terminal de bord de l’arracheuse, suffisamment précis pour nous fournir la surface réelle arrachée, indique Baptiste. Nous sommes très vigilants à la précision de la surface pour ne pas biaiser les résultats. » Les élèves ingénieurs en apprentissage analysent les données de récolte et y joignent des facteurs économiques. En concertation avec les inspecteurs de culture et les agriculteurs expérimentateurs, ils élaborent une synthèse des essais de l’année. 

Cette année, les rendements sont plus faibles du fait du contexte climatique et sanitaire de la culture. Mais Ughau reste optimiste. « Nous pouvons considérer 2020 comme une année discriminante, car elle nous donne des indications sur le comportement de la betterave en situations difficiles. »

Pour l’an prochain, un certain nombre de thématiques sont d’ores et déjà définies. Mais les nouvelles idées sont encore les bienvenues. Certains essais se poursuivent d’année en année pour approfondir les connaissances. Les inspecteurs de culture et les élèves ingénieurs en apprentissage s’attachent à proposer aux agriculteurs des clés pour les aider à développer la productivité et la durabilité de la culture de la betterave dans nos terroirs.