Tassement des sols : diagnostiquer avant d’agir.

Trois questions à Vincent Tomis d’Agro-Transfert : 

Vincent Tomis

d’Agro-Transfert

Lors de la journée Mont Blanc du 16 novembre, Vincent Tomis a présenté  3 méthodes d'analyse facilement applicables par les planteurs sur leurs exploitations, pour déterminer le ou les niveau(x) de compaction du sol

Comment les agriculteurs programment-ils leurs interventions de décompactage?

Vincent Tomis : Ces dernières années la taille des engins agricoles a fortement augmenté, en raison notamment du développement des arracheuses intégrales. Les pneumatiques ont également évolué avec des dimensions plus larges et des pressions de travail moindres. Mais cet accroissement des performances n’a fait qu’accompagner la tendance à l’agrandissement du matériel. Certaines intégrales affichent jusqu’à 28 t de charge par essieux. C’est énorme ! En conditions humides, les ornières de surfaces sont les premiers symptômes d’une compaction du sol. Mais toute la difficulté est de savoir à quelle profondeur le sol est réellement tassé afin d’envisager une intervention adéquate. Sur ce point les planteurs peuvent améliorer leurs pratiques : Nous avons demandé à des agriculteurs comment ils estimaient cette compaction. La majorité observent surtout l’aspect en surface et ne vont jamais voir ce qui se passe en dessous. Si l’arrachage s’est déroulé en mauvaises conditions, ils programment un décompactage, mais sans vraiment savoir à quelle profondeur il est utile de travailler. Pourtant une intervention non raisonnée peut aggraver la situation. C’est pourquoi, je conseille toujours d’effectuer un diagnostic au préalable pour identifier à quel niveau se situent les horizons compactés et définir ensuite la stratégie la plus adaptée.

Avant de faire des démonstrations sur le terrain Vincent Tomis a fait une
présentation en salle.

Quels sont les outils de diagnostics utilisables par le planteur ?

Vincent Tomis : Le plus simple est la tige « pénétro » que chacun peut fabriquer soi-même à partir d’une barre ronde en acier inox d’environ 1 m de longueur et de 10 mm de diamètre. Il faut souder une poignée transversale à un bout et tailler l’autre extrémité en pointe. L’idéal est de graduer la tige à 20, 30 et 40 cm pour repérer les différents horizons, soit avec des scotchs de couleurs, soit en pratiquant de légères incisions à la disqueuse. Ensuite, l’agriculteur se déplace dans sa parcelle en enfonçant la tige à plusieurs endroits. Il faut appuyer régulièrement sur la poignée sans donner d’à-coups. Au fur et à mesure que la tige descend dans la terre, l’opérateur sent à quelle profondeur se trouvent d’éventuelles zones de résistance. Il est important que la même personne réalise tous les sondages, car selon sa taille et sa force, elle se fera son propre ressenti. Sinon il existe des pénétromètres plus sophistiqués avec un manomètre indiquant la pression exercée pour enfoncer la tige. Cela coute environ 250 €. L’utilisateur voit directement si l’aiguille passe dans le rouge quand il arrive dans une zone compactée. Cette mesure doit se faire de préférence en sortie d’hiver quand tous les horizons présentent le même niveau d’humidité. Je recommande de faire plusieurs sondages en se déplaçant en biais dans la parcelle.

Portrait de Vincent Tomis.

À partir d’une tige en inox de 10 mm de diamètre il est relativement simple de fabriquer sa propre tige « pénétro ».

Un pénétromètre avec manomètre intégré vaut environ 250 €.

Exemple de mini-profil 3 D réaliser avec les fourches d’un chargeur.

Que faire après avoir détecté une zone de résistance ?

Vincent Tomis : Le test précédent indique la présence d’horizon plus sévèrement tassé, lié à une semelle de labour par exemple ou bien au passage d’engins trop lourds. Mais cela ne signifie pas que les racines des plantes ne peuvent plus rentrer, ni que le rendement en sera affecté. En cas de doute, il faut observer la structure du sol plus en profondeur. L’interprétation nécessite une formation pour bien distinguer les symptômes d’une compaction néfaste à la parcelle ou au contraire les éléments plus favorables comme la présence de vers de terre. Généralement les agriculteurs apprennent vite à reconnaitre tout cela. Ensuite la méthode employée dépend de la profondeur où un tassement est soupçonné. Si cette compaction se situe sur les 25 premiers centimètres, il suffît de prendre une bèche et de prélever des échantillons. En prenant la terre entre ses mains, on constate assez facilement si la structure est très endommagée. Pour aller voir plus en profondeur, on réalise alors un mini-profil 3 D à l’aide d’un chargeur télescopique avec des fourches lève-palette espacées d’une dizaine de centimètres. Il faut les enfoncer selon un angle de 30 à 45 ° environ et relever le bloc en entier. Cela donne un bon aperçu de l’état des horizons.  Ce prélèvement doit se faire pendant l’interculture pour déterminer le meilleur itinéraire technique avant le semis. Des guides pour l’utilisation de ces méthodes et leur interprétation sont disponibles en téléchargement sur Internet (1). L’étape ultime et la plus précise consiste à ouvrir une fosse dans la parcelle pour observer le profil cultural et déterminer ainsi l’opportunité d’un décompactage ».

  1. http://www.agro-transfert-rt.org/sorties-du-projet-sol-dphy/