Les cours du sucre

mis à jour le 18 novembre 2021

Les prix mondiaux et européens présentés dans les courbes ci-dessus, ne sont pas les prix de vente constatés au sein du groupe Südzucker pour la détermination du prix SZ4.

Daniel Calmejane

Directeur des Ventes Industrie et Export, Saint Louis Sucre

Développement du marché du sucre septembre / 19 octobre 2021​

Marché mondial

Les prix du sucre continuent d'être orientés à la hausse. Les contrats à terme sur le sucre blanc à Londres ont progressé sur la période, le terme de décembre 2020 affichant avant son expiration un plus haut à 520 USD/t. La prime du sucre blanc / roux a également repris des couleurs pour atteindre 75 USD/t, redonnant de l’appétit aux raffineurs du moyen Orient et d’Afrique du Nord, et traduisant la demande soutenue de sucre raffiné, notamment en raison de l’absence de disponibilité de sucre européen sur le dernier trimestre 2021 et le premier trimestre 2022, ainsi que l’augmentation très forte des frets en provenance du Brésil, pénalisant la compétitivité des sucres brésiliens 150 Icumsa, et des retards dans les programmes d’embarquement, liés à la pénurie de conteneurs vides. Pour autant cette prime (représentant l’écart entre le prix du sucre brut de canne et le prix du sucre raffiné) reste encore inférieure au coût de production de la plupart des raffineurs, les incitant à essayer d’obtenir des primes commerciales élevées. L’augmentation vertigineuse du fret maritime ajoute un peu plus à l’équation difficile de la rentabilité du raffinage.

Depuis le 10 octobre, le cours du sucre enregistre une légère baisse, reprenant son souffle après plusieurs mois de hausse quasi ininterrompue. Le 19 octobre, le sucre brut, terme de mars 22, cotait 18,87 cts/ lb à New York (€ 358 fobs), le sucre blanc $500,50 à Londres ( € 431).

Les fonds spéculatifs détiennent toujours une position acheteur nette très importante, stable sur la période et, à ce jour, ne montrent aucune hâte à prendre des bénéfices en vendant une partie de leur position. Les spéculateurs avaient en main une position acheteur nette de 159 663 contrats à terme et options sur le sucre brut, à mi-octobre. Dans le même temps, ils ont augmenté leur position acheteur sur les contrats à terme et les options sur le sucre blanc de 1.031 lots à 16.972. Tant que ces acteurs maintiennent cette position sur les contrats à terme, le potentiel de baisse semble limité.

La demande de sucre semble confirmer son rebond post pandémique, soutenant également les cours.

Comme dans notre précédent rapport, la situation en Inde va continuer à jouer un rôle important pendant l’intersaison brésilienne. L’inde a annoncé un programme d’exportation de 6 millions de tonnes, cette fois ci sans subventions gouvernementales. Pour atteindre cet objectif, le cours mondial devra traiter à la parité d’exportation pour les producteurs indiens, pour l’instant légèrement supérieure aux niveaux actuels des prix du sucre brut sur le marché de New York, alors que le prix intérieur indien continue à augmenter (environ 500 USD/t Exw Uttar Pradesh / 37060 Roupies/t), ce qui n’incite pas les producteurs à se ruer massivement vers l’exportation.

Sur les fondamentaux du marché du sucre (offre/ demande), si tous les spécialistes s’accordent sur le niveau faible de la production brésilienne cette campagne (31 Mt à 32 Mt), suite aux aléas climatiques rencontrés par le Brésil, nous constatons une certaine divergence d'opinion sur le niveau de la demande mondiale post Covid ou le potentiel de la prochaine campagne brésilienne. F.O. Licht, ISO et LMC prévoient toujours au niveau mondial un bilan déficitaire pour la campagne sucrière 2020/21 et un bilan équilibré ou légèrement déficitaire pour 2021/22.

Le potentiel de hausse est conforté par une analyse macroéconomique. La flambée des prix de l'énergie (pétrole, gaz, charbon, éthanol...) crée un contexte haussier sur le marché. Le pétrole brut se négocie à 85 USD/b, son plus haut niveau depuis l'automne 2014. Au Brésil, malgré les efforts politiques pour maîtriser les prix du carburant et après des semaines de stabilité, Petrobras a augmenté les prix de l'essence dans ses raffineries. Cette hausse est la conséquence directe de la  flambée des prix du baril et d’un dollar plus fort. Cette situation fait remonter la parité entre le sucre et l’éthanol, soutenant mécaniquement le cours du sucre.

Pour les prochaines semaines, les indicateurs à suivre  sont immuables :

  • Fin anticipée de la campagne Brésilienne, et premières estimations de la campagne 21/22
  • Programme d’exportation de l’Inde :  lié au prix de marché intérieur et à la parité export Indienne.
  • Volontarisme Indien d’une politique pro éthanol carburant qui pourrait retirer des tonnages conséquents de sucre du marché de l’exportation.
  • Prix du pétrole et parité Real Brésilien/ USD
  • Confirmation de la reprise mondiale et de  la demande de produits de base et de biens de consommation :
    •  pondérée par la  erturbation des chaînes d'approvisionnement. Le retour à une gestion fluide des échanges internationaux n’est pas attendu avant la fin de l’année 2022, le prix du transport maritime devrait rester sur des niveaux très élevés sur les prochains mois, générant une inflation mécanique des produits de consommation, allant à l’encontre du nouvel appétit de consommation.
  • Position des fonds de pension  (spéculateurs) :
    • L’attrait certain des marchés de l’énergie peut-il entrainer les spéculateurs à alléger leur position acheteur pour rééquilibrer leur portefeuille au détriment des matières premières agricoles, dont le sucre, qui après une longue période de hausse, semble se stabiliser ?

Marché européen :

La production de l'UE de la campagne 2020/21 est estimée à seulement 14,5 millions de t, soit 1,8 million de t en dessous du niveau de récolte 2019/20 et 11% en dessous de la moyenne quinquennale. Le stock final  de l'UE au 30 septembre 2021 (hors production fraiche 2021/2022) est estimé à un niveau historiquement bas de 1,10 million de t.

Pour la campagne 2021/22, la Commission estime la superficie de betteraves sucrières de l'UE à 1,5 million d'hectares et la production de sucre de l'UE devrait atteindre un niveau plutôt faible de 15,7 millions de tonnes. La consommation de sucre devrait légèrement augmenter en 2021/22 en raison de la reprise attendue de la demande et de la croissance du PIB dans les différents état membres. Les exportations en 2021/22 devraient être limitées par les disponibilités. En raison de la reprise prévue de la demande, aucune augmentation majeure des stocks n'est donc attendue et la Commission ne prévoit qu'un niveau de stock de 1,15 mt.