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Benoît Guilbert

Le nombre de ruches installées chaque année est estimé en fonction de la nourriture mise à disposition par mes cultures. Il faut compter entre cinq et six ruches par hectare.

Frédéric Raviart

Apiculteur à Rosult dans le Nord
Sur les 80 ruches que Benoit Guilbert accueille sur son exploitation, une vingtaine est issue de l’élevage de Frédéric Raviart, apiculteur à Rosult dans le Nord.

Pourquoi installer des ruches sur votre exploitation ?

Benoit Guilbert : Lors d’une visite sur un salon, j’ai été gentiment traité « de tueur d’abeilles » par un apiculteur. Je ne m’attendais pas à une telle violence. Ce fut pour moi le point de départ d’une grande réflexion. Il fallait que je comprenne l’apiculture et ses interactions avec le monde agricole. Il m’a fallu trois ans pour trouver un apiculteur professionnel et sérieux, qui ait de son côté envie de comprendre mes pratiques et mon métier. L’abeille est le symbole de la biodiversité et de la pollinisation. Elle est donc indispensable sur nos exploitations et la plupart de nos cultures. Sa présence est le signe que nos pratiques sont respectueuses de l’environnement. Avoir des ruches sur place crée du lien avec l’apiculteur. Avec lui, je visualise l’impact positif de mes pratiques sur le comportement de ses abeilles. C’est une vraie prise de conscience sur le sens à donner à mon travail. L’abeille est aussi un indicateur pour mes prises de décisions. Si j’observe qu’elle travaille, c’est que les conditions météo sont favorables pour moi aussi !

© Benoit Guilbert
© Benoit Guilbert

Comment raisonner l’emplacement des ruches ?

BG : Les ruches sont placées selon les opportunités de cultures : colza, sarrasin ou autres plantes mellifères. J’ai des arbres et des haies à proximité de mes parcelles. Toutes ces espèces contribuent à alimenter les butineuses, toute l’année, dans un rayon de 3 km autour de leur ruche. 

Frédéric Raviart : Je suis mes ruches une fois par semaine d’avril à juillet et une fois par mois l’hiver pour vérifier qu’elles ont suffisamment de nourriture. Les ruches installées chez Benoit ne sont pas celles que je nourris le plus. Elles ont eu suffisamment de ressources avant l’hiver pour faire elles-mêmes leurs réserves. 

BG : Lorsque l’année apicole n’est pas florissante, elle ne l’est pas non plus pour certaines de mes cultures. La température, la pluie, le froid et la sécheresse influent sur l’activité des abeilles et donc sur la productivité de mes cultures. Non seulement la diversification des productions agricoles me permet de « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier » et limite les risques économiques mais c’est aussi un bon moyen d’apporter de la nourriture aux pollinisateurs.  

FR : Pour cette année 2021, je pense développer le nombre de ruches sur l’exploitation de Benoit pour mettre en place un centre de fécondation. Le site est exceptionnel et adapté pour ce genre d’activité car les ressources alimentaires sont riches. Mes abeilles sont en bonne santé pour se reproduire convenablement !

Quels bénéfices tirez-vous l’un et l’autre du rapprochement de vos activités ?

BG : Frédéric m’apporte son expertise. Nous échangeons sur les espèces intéressantes pour l’apiculture. Je fournis la nourriture aux abeilles qui, en retour, participent à la pollinisation naturelle de mes cultures. En tant qu’agriculteur, il faut aller à la rencontre des apiculteurs pour comprendre leurs besoins et leurs problématiques. Nous devons les intégrer dans nos réflexions.

FR : Chez Benoit, il y a toujours des fleurs. Il s’appuie sur moi pour mettre en place des espèces favorables à l’activité des abeilles. Juste après la moisson, il sème de la bourrache et de la phacélie. Elles fleurissent en septembre et permettent aux butineuses de faire des provisions pour l’hiver. Grâce à cette diversité de cultures et de fleurs, je peux moi aussi diversifier mes miels. En 2019, j’ai produit près de 300 kg de miel de sarrasin, du jamais vu dans la région des Hauts de France ! Ce fut un franc succès auprès des clients.

Bourrache-©Benoit Guilbert
Bourrache-©Benoit Guilbert
Phacélie-©Benoit Guilbert
Phacélie-©Benoit Guilbert

 Ne pas blâmer l’agriculture, tel est le message que je souhaite transmettre, Benoit Guilbert, agriculteur.

Produits phytosanitaires et apiculture, est-ce incompatible ?

BG : Mon exploitation n’est pas certifiée agriculture biologique. Je raisonne mes traitements et limite les insecticides sur les cultures de betteraves, de colza et de céréales. Avant chaque intervention à proximité des ruches, je préviens l’apiculteur. Le constat est clair : malgré l’application de produits phytosanitaires, nous n’avons pas observé plus de mortalité d’abeilles sur mon exploitation. J’ai découvert les travers de la communication vis-à-vis des produits phytos grâce à mes propres observations et à l’expertise de Frédéric ou des autres apiculteurs avec qui je collabore. La mortalité des abeilles est liée à la ressource alimentaire disponible pour les ruches sur TOUTE l’année, aux maladies et aux varroas. Ce sont des nuisances naturelles liées à tout élevage. 

FR : Je travaille avec des abeilles noires. C’est une espèce locale, difficile à préserver. Je n’ai pas connu de mortalité sur mes ruches depuis que j’en installe chez Benoit. J’ai totalement confiance dans ses pratiques. Je sais pourquoi il les fait. La crainte pour un apiculteur c’est de manquer de fleurs. Or, chez Benoit, je ne connais pas cette problématique car il multiplie les espèces. Il a même semé des betteraves dans des couverts ! Bien-sûr, il ne m’a pas attendu pour développer cette diversité. La présence de fleurs lui apporte des auxiliaires, nécessaires à la lutte biologique dans ses parcelles.

Abeilles noires - ©Frédéric Raviart
Abeilles noires - ©Frédéric Raviart
Abeilles noires - ©Frédéric Raviart
Abeilles noires - ©Frédéric Raviart

BG : J’ai appris par le réseau apicole qu’il existe des applications chimiques de molécules pour assainir les ruches. Moi, je protège mes plantes, l’apiculteur protège ses abeilles. Quelle différence ? L’agriculture et l’apiculture mènent le même combat : produire de la nourriture pour les pollinisateurs et les auxiliaires. Cela doit se faire dans le respect l’un de l’autre.

 Nous devons communiquer pour nous comprendre et travailler en partenariat, Frédéric Raviart, apiculteur.

Comment favoriser la biodiversité en agriculture ?

BG : Sur nos exploitations, nous sommes capables de produire diverses cultures. Même sur des cultures peu attractives pour les pollinisateurs, nous pouvons associer d’autres espèces pour les rendre plus attirantes. L’aménagement du paysage par des haies, des bois ou des bandes fleuries démultiplie la présence d’insectes en tout genre. Chaque petite action est positive. Certes, cela demande du temps et de la patience mais ça vaut le coup ! Dans mes bandes non cultivées, je m’amuse souvent à dire que j’ ai semé ma "poubelle à graines". Je récupère tous les fonds de semoir et les graines de tri de mes couverts. Je constitue un mélange diversifié, idéal pour semer ces espaces non cultivés. Une adventice fleurie dans ces zones est toujours bénéfique pour la biodiversité ! 

FR : Selon les saisons, j’installe chez Benoit cinq ruches en hiver et jusqu’à 20 ruches à la floraison du colza. Ce qui m’intéresse sur cette exploitation, c’est la diversité des fleurs sur les parcelles et aux alentours. Après la floraison du colza, les abeilles ont tout le loisir de butiner des érables, des châtaigniers, des tilleuls, du sarrasin, de la phacélie et des jachères fleuries. Autant d’espèces mellifères favorables sur un petit territoire, c’est fabuleux ! Cette richesse m’offre une récolte supplémentaire de miel grâce aux nectars fournis par ces espèces multiples.

Bandes fleuries - ©Benoit Guilbert
Bandes fleuries - ©Benoit Guilbert

Pour conclure, quel message avez-vous envie de diffuser ?

BG : Prenons conscience que l’apiculture et l’agriculture ne sont pas en opposition. Les apiculteurs professionnels ne nous voient pas d’un mauvais œil. Nous avons chacun besoin l’un de l’autre. Communiquer, dialoguer et expliquer nos pratiques aux apiculteurs est la garantie de comprendre les intérêts de chacun. Le retour de l’apiculture dans nos parcelles et la mise en place d’arbres ne sont-ils pas des moyens de produire autre chose que des grandes cultures et de sortir d’autres valeurs ajoutées sur nos territoires ?

FR : Il faut du dialogue entre nos métiers. L’agriculture doit produire pour vivre. Les nombreux échanges avec Benoit m’aident à mieux comprendre son métier. L’apiculture peut cohabiter avec l’agriculture quand les intérêts de chacun sont compris et partagés. Chez Benoit, les fleurs foisonnent et ce n’est qu’un début !