Les cours du sucre

mis à jour le 6 mai 2020.

Les prix mondiaux et européens présentés dans les courbes ci-dessus, ne sont pas les prix de vente constatés au sein du groupe Südzucker pour la détermination du prix SZ4.

Daniel Calmejane

Directeur des Ventes Industrie et Export, Saint Louis Sucre

Comme partout dans le monde, les deux derniers mois pour le marché du sucre ont été placés sous le signe du Covid 19.

L’environnement mondial sucrier est passé en quelques semaines à peine d’un  sentiment haussier, avec la confirmation d’un déficit important pour la campagne 2020/2021 en février dernier, à une baisse inédite, essentiellement initiée par 3 principaux facteurs, accentués par l’action des fonds qui ont massivement pris des positions vendeurs :

  • Baisse du cours du pétrole :

La baisse vertigineuse du prix du baril, qui a brièvement traité en négatif à la veille de l’expiration du terme de mai à NY pour des raisons techniques, les opérateurs craignant un manque de capacité de stockage, redessine complétement le paysage sucrier brésilien. La parité éthanol/ sucre a été bouleversée, ponctuellement inférieure à 8cs. Sur cette nouvelle base, le mix éthanol sucre  devrait être inversé, les producteurs brésiliens privilégiant tant que faire se peut la production de sucre au détriment de l’éthanol. Au total, 8 millions de tonnes supplémentaires pourraient être produites, compensant à elles seules le déficit annoncé il y a moins de deux mois.

  • Parité Real Brésilien/USD :

La monnaie brésilienne s’est dépréciée tout au long de la période, atteignant un record historique à 5,5 Reals pour 1 USD fin avril, contre 3,80 en février. La gestion chaotique de la crise par le Président brésilien , privilégiant l’économie au détriment du volet sanitaire, n’a pas permis d’ enrayer le mécanisme. De ce fait, pour un exportateur brésilien, le revenu à l’exportation de sucre  exprimé en Reals reste intéressant, malgré la baisse du cours mondial.

  • Baisse de la consommation 

Les effets du Covid 19, partout dans le monde, assortis de leur cortège de mesures de confinement, laissent entrevoir un baisse de la consommation, pour l’instant difficile à estimer, qui, si elle se confirmait, viendrait déséquilibrer encore l’équilibre entre l’offre et la demande pour 2020/2021 .

La conjonction de ces 3 facteurs s’est traduite à la fin du mois d’avril par des cours au plus bas . NY (terme  May) cotait  9,21 cs,  Londres (sucre raffiné) traitait à 320 $ (contre $450 avant le début de la crise)

Le précipice est-il derrière nous ?

Depuis le début du mois de mai, quelques indicateurs laissent penser que le pire est (peut-être) derrière nous. Les derniers jours ont vu une brusque reprise du cours mondial. 160 points à NY, pour une clôture poche de 11 cs, soit 17% d’augmentation en 3 jours. Cette reprise se fait malgré la faiblesses de la monnaie brésilienne, (qui s’est par ailleurs légèrement ressaisie à 5,30),supportée par une demande importante d’acheteurs qui veulent vraisemblablement profiter des prix bas, ou qui déconfinent petit à petit leur pays. Rajoutons un cours du pétrole qui se ressaisit peu à peu ( +17% en quelques jours), et l’espoir naissant de voir à moyen terme un traitement efficace de la maladie, à défaut d’un vaccin, et nous entrons peut être doucement dans l’après crise. Nul doute que la hausse constatée a également été amplifiée par les fonds de pension qui ont allégés leurs position Vendeur.

Le terme de May NY a expiré le 30 avril, enregistrant une livraison historiquement élevée, de 2,26 millions de tonnes. Devons-nous considérer cette livraison comme un facteur  haussier ou baissier ? les avis sont très contrastés. Pour notre part nous estimons que cette livraison massive a d’ores et déjà trouvé les destinations pour les mois de mai et juin. La Chine et l’Indonésie, notamment affichent des programmes d’achat massifs. Toute difficulté dans la chaine logistique  supportera inévitablement le cours du sucre dans les prochaines semaines.

Le prédisent Bolsonaro  annoncera-t-il une aide à l’industrie de l’éthanol, comme il en est question ? si tel est le cas, ceci sera également de nature à soutenir le cours mondial, réajustant la parité Sucre/ Ethanol.

Le déficit annoncé s’est donc volatilisé en l’espace de quelques semaines, le marché s’est retrouvé sens dessus dessous, mais si nous partons du principe que tous les élément baissiers ont déjà impacté le cours mondial, nous pensons que le pire est derrière nous, ( sauf à imaginer le spectre d’une deuxième vague de l’épidémie),  et pouvons imaginer un cous mondial  se reprenant légèrement, tant à Londres que New York, dans les prochaines semaines.