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Le secteur géographique d’Anne-Marie Thomas s’étend du sud de l’Artois au nord de Ham dans la Somme. Il se situe au sein d’un bassin de production largement dédié aux cultures industrielles. Elle observe que les planteurs font face à des problématiques croissantes :

« Les aléas climatiques s’intensifient et compliquent la conduite des cultures. En parallèle, les exigences environnementales se renforcent. De plus, le contexte économique reste tendu, avec des cours de matières premières volatils et des prix des intrants élevés. »

À ces contraintes s’ajoute une évolution structurelle du territoire. Son secteur est traversé par le futur canal à grand gabarit. Le remembrement des exploitations concernées par le tracé suscite des interrogations chez les agriculteurs, notamment sur la fertilité des sols qu’ils récupèrent.

Face à ces défis, la réduction de la dépendance aux engrais minéraux s’impose comme un enjeu agronomique et économique majeur.

« Les produits organiques et les couverts végétaux sont l’une des alternatives pour diminuer les apports d’azote, explique Anne-Marie Thomas. Toutefois, la question est d’évaluer leur impact sur la fertilité des sols et leur capacité à répondre aux exigences des cultures, en particulier celle de la betterave. »

Les travaux menés dans le cadre du mémoire mettent en évidence plusieurs leviers complémentaires pour réduire l’usage d’azote de synthèse tout en maintenant la performance agronomique.

Les engrais organiques

Bénéfices : Sur le long terme, l’utilisation régulière de produits organiques enrichit progressivement les sols en matière organique et renforce leur fertilité. Ces apports présentent un double intérêt. D’abord, ils constituent une alternative économique dans un contexte de hausse durable des engrais de synthèse. Ensuite, ils améliorent le fonctionnement agronomique des sols avec un impact sur leur structure et leur stabilité. La matière organique permet aussi au sol de retenir davantage d’eau. Par ailleurs, le recours aux composts de déchets verts associés à des boues de station d’épuration permet de valoriser des ressources organiques locales tout en s’inscrivant dans une logique d’économie circulaire.

Analyse : L’efficacité des engrais organiques reste dépendante des conditions climatiques et du rythme de minéralisation. Leur utilisation doit également respecter des règles strictes liées à la directive nitrates, qui encadrent les périodes et les modalités d’épandage.

Les couverts végétaux

Les couverts végétaux constituent le second levier majeur.
Le choix des espèces, notamment la présence de légumineuses, influence directement la restitution d’azote au sol et la capacité à réduire les apports d’engrais minéraux. 

Bénéfices : Certaines espèces structurent le sol en l’aérant et en augmentant sa porosité. Elles facilitent ainsi la circulation de l’eau et stimulent l’activité biologique. D’autres, comme les légumineuses, captent l’azote de l’air grâce à la fixation symbiotique et en restituent une partie à la culture suivante. Ainsi, elles renforcent l’autonomie azotée du système.

Focus – Les résultats des essais menés sur la ferme d’Étrépagny

Les essais conduits en 2024 sur la ferme pilote d’Étrépagny ont permis de tester concrètement l’impact des couverts végétaux sur la fertilisation azotée des betteraves. Leur objectif est de diminuer la consommation d’engrais minéral sans dégrader la performance technique ou économique.

Analyse : Les résultats montrent d’abord l’intérêt du mélange de couverts végétaux Isolmax Agrifaune, riche en légumineuses. La restitution d’azote en sortie d’hiver est évaluée grâce à la méthode MERCI. Ainsi, ce mélange de vesce, radis, trèfle et phacélie restitue 55 unités d’azote. Avec une augmentation de la proportion de vesce de 30 kg/ha, ce couvert apporte 85 unités d’azote. Cette performance repose sur la forte capacité des légumineuses à capter l’azote atmosphérique et à le restituer efficacement à la culture suivante.

Dans les deux cas, le bilan azoté conduit à un apport réduit d’engrais azoté pour les betteraves. Il est de 60 unités d’azote pour la modalité Isolmax Agrifaune et de 30 unités d’azote pour Isolmax Agrifaune + surdensité de vesce. De plus, les essais valident que la réduction de 50 % de la dose d’engrais minéral est sans impact sur le rendement final. 

Conclusion

Dans ce contexte, le raisonnement de la fertilisation repose sur une combinaison d’outils agronomiques. L’objectif est de concilier un effet fertilisant immédiat à l’entretien de la fertilité du sol et la sécurisation du rendement.
La complémentarité entre apports organiques et minéraux apparaît ainsi comme une voie d’équilibre pour réduire la dépendance aux engrais de synthèse.

Perspectives

Ces travaux ouvrent de nouvelles pistes de réflexion pour ajuster la stratégie de fertilisation. L’une d’entre elles concerne la variabilité des besoins en azote selon les variétés de betteraves et leur précocité.