Pâturage des couverts : des moutons avant la betterave, sans la pénaliser
Nos équipes Le 25/09/2026Le pâturage des couverts d'interculture par des ovins peut-il présenter un intérêt avant une meilleure sucrière ? Émilie Garde a consacré sa mémoire de fin d'études à cette pratique.
On ne pense pas forcément aux moutons dans une rotation betteravière ! Et pourtant, pour Émilie Garde, apprentie ingénieure chez Saint Louis Sucre, les ovins peuvent constituer une piste de diversification pour les planteurs.
« Cette pratique recrée du lien entre cultures et élevage. Mais, pour qu'elle se développe, les agriculteurs doivent être rassurés sur le devenir de la culture suivante après le pâturage. »
Abandonné durant la seconde moitié du XX e siècle, le pâturage ovin réapparaît dans le bassin betteravier depuis une dizaine d'années. Toutefois, les références restent peu nombreuses, notamment avant une meilleure sucrière. Dans le cadre de son mémoire de fin d'études, Émilie Garde cherche précisément à lever les interrogations.
L'étude s'inscrit dans le programme d'agriculture régénératrice engagée par Saint Louis Sucre. La quasi-totalité de son bassin d'approvisionnement est concernée par l'obligation d'implanter des couverts d'interculture.
Trois essais pour comparer les pratiques
Trois exploitations ont participé à l'étude, chacune avec une parcelle expérimentale. Les deux premières associent déjà les grandes cultures et l'élevage ovin. Elles disposent de leur propre troupeau. La troisième, spécialisée en grandes cultures, accueille depuis trois ans le troupeau d'un berger.
Sur chaque parcelle, Émilie Garde compare une modalité pâturée à une modalité sans pâturage. Les pratiques diffèrent toutefois selon les exploitations. Dans les deux premiers essais, le pâturage remplace une opération de destruction mécanique du couvert. Dans le troisième, un déchaumage intervient sur l'ensemble de la parcelle après le passage des animaux.
Le suivi porte notamment sur la structure du sol, la fertilisation, les ravageurs, les adventices, les maladies foliaires et le rendement. Des pesées MERCI mettent en évidence le potentiel de restitution d'azote. Les reliquats azotés sont également pris en compte.
Enfin, des entretiens avec les agriculteurs complètent les observations au champ. Ils servent à établir le bilan économique et environnemental des deux modalités.
Peu d’effets agronomiques, mais des pistes à approfondir
Premier enseignement : « Le pâturage des couverts n'a pas eu d'effet bénéfique ou défavorable sur la culture suivante. Les moutons peuvent donc pâturer les couverts sans la pénaliser », résume Émilie Garde.
Une légère compaction du sol apparaît toutefois dans l'un des essais. Le travail du sol réalisé avant les semis de la betterave l'a ensuite effacée, sans conséquence liée sur la culture. Ce résultat suppose néanmoins de respecter de bonnes conditions de pâturage dont la charge d'animaux et le temps passé, notamment pour éviter une compaction du sol.
Sur l'azote, les trois essais indiquent une perte légère pour la culture suivante, de l'ordre de 10 unités. Mais l'ingénieure apprentie insiste sur la faible portée de ce résultat : les essais ne couvrent qu'une année et contredisent des travaux antérieurs qui constataient au contraire un gain d'azote.
Le pâturage ne réduit pas non plus systématiquement les ravageurs. La pression des limaces était trop faible pour conclure. Les pucerons se montrent légèrement plus présents dans les modalités pâturées. Toutefois, deux parcelles enregistrent davantage de pertes de pieds liées aux ravageurs du sol (blaniules, tipules…). Ces observations ne concordent pas avec les résultats d'essais antérieurs, dans lesquels le pâturage réduisait leur pression. Enfin, aucune différence n'est mentionnée pour les adventices et les maladies foliaires.
Gain économique en remplacement du broyage
Le bénéfice apparaît plus clairement sur le plan économique lorsque le pâturage remplace la destruction mécanique du couvert. Dans l'essai 1, l'économie atteint 36,60 €/ha. Elle s'élève à 17,15 €/ha dans l'essai 2. Ces gains correspondant à l'opération mécanique évitent et intègrent notamment une moindre consommation de carburant et un gain de temps.
Le troisième essai ne présente pas cet avantage. Après le pâturage, l'agriculteur déchaume l'ensemble de la parcelle. Le passage des animaux ne supprime donc aucune opération mécanique.
Cette économie de mécanisation se retrouve dans le bilan environnemental. La baisse de consommation de GNR atteint 20 l/ha dans un essai et 5 l/ha dans un autre. Les émissions diminuent de 62,60 kg CO 2 eq/ha dans l'essai 1 et de 15,65 kg CO 2 eq/ha dans l'essai 2.
Tous ces résultats restent à consolider. L'étude repose sur seulement trois essais conduits pendant une campagne. Emilie Garde propose donc de multiplier les sites et les années d'expérimentation. Un suivi à l'échelle de la rotation apporterait également davantage de recul. Il intégrera enfin la composition des couverts, les modalités de pâturage et les données économiques, environnementales et zootechniques de l'élevage.
Un couvert surtout valorisé par les animaux
Le mémoire met surtout en évidence que, dans les trois essais suivis pendant un an, le pâturage des couverts n'a pas pénalisé la culture suivante lorsqu'il est correctement conduit. Son intérêt réside donc moins dans un gain agronomique démontré pour la betterave que dans la valorisation des couverts par les animaux, les économies de mécanisation dans certaines situations et la complémentarité entre cultures et élevage.
