Le désherbage de la betterave se raisonne aussi mécaniquement

Bineuse, herse-étrille, roto-étrille... autant d’outils qui reprennent du service dans les exploitations betteravières. Et pour cause, un passage serait aussi efficace qu’un traitement chimique. Pour vérifier cette hypothèse et mesurer l’intérêt agronomique et économique de chaque option, Saint Louis Sucre fait la part belle au désherbage mécanique dans son programme Mont Blanc.

Ughau Debreu

Ingénieur apprenti chez Saint Louis Sucre

Le désherbage reste un poste clé de l’itinéraire de la betterave car la concurrence des adventices peut s’avérer très impactante pour le rendement. Si les solutions chimiques sont aujourd’hui encore largement utilisées, des alternatives au désherbage 100 % chimique se développent. Et cela devrait continuer. Face au retrait du marché de nombreux produits phytopharmaceutiques et en tenant compte du plan Ecophyto II+, qui vise une réduction de 50 % des usages de ces spécialités d’ici à 2025, le déploiement de solutions alternatives s’avère plus que jamais nécessaire.


Chimie, mécanique : trouver le juste équilibre

Voilà pourquoi Saint Louis Sucre teste, dans le cadre de son programme Mont Blanc, différentes techniques de désherbage, alliant chimie et mécanique. « En 2020, 5 essais désherbage mécanique ont été conduits chez des agriculteurs volontaires intégrés dans le programme Mont-Blanc et ont menés à des résultats très encourageants. En 2021, 7 essais sont effectuées sur cette thématique dans les usines de Roye et Etrepagny, explique Ughau Debreu qui suit les différents protocoles dans le cadre de son alternance. L’objectif de cette expérimentation est non seulement de mesurer l’efficacité des différentes techniques mais aussi d’en quantifier l’intérêt économique. » Pour ce faire, les axes de recherche incluent une évaluation précise de l’état sanitaire de la parcelle (reconnaissance et dénombrement des adventices, notation d’efficacité du désherbage...) mais mesurent également la productivité (rendement, poids racine, richesse) et le coût de chaque solution mise en place (nombre de passages, main d’œuvre, débit de chantier, rentabilité de chaque modalité...).


Des parcelles conduites en situation réelle

Chaque itinéraire est mené sur au moins 2 ha, alterne les désherbages chimique et mécanique et utilise les outils présents sur l’exploitation : bineuse, roto-étrille ou herse-étrille, pour la partie mécanique et rampe localisée pour les traitements phytosanitaires. L’itinéraire technique est identique sur toute la parcelle, seul le désherbage est spécifique à chaque modalité. « L’idée est de conduire chaque parcelle en situation réelle pour aboutir à de « vrais » rendements et ainsi, comparer au mieux les différentes modalités testées, poursuit-il. Des comptages de pieds de betteraves sont réalisés avant et après chaque passage d’outil pour estimer les pertes éventuelles liées à leur utilisation. Bien entendu, des comptages d’adventices sont également réalisés avant et après les désherbages mécaniques, sur des bandes d’1m2, pour mesurer le niveau de l’infestation et l’efficacité de la stratégie utilisée ». 

En règle générale, un passage d’outil mécanique s’avère aussi efficace qu’un traitement chimique.

Mécanique-chimique : un pour un

Les résultats des essais effectuées en 2020 ont été très concluants. « Il est encore difficile de mettre en avant une stratégie plutôt qu’une autre, confie-t-il. Mais une chose est sûre : le créneau d’intervention s’avère déterminant sur l’efficacité du passage de l’outil. Ce qu’il faut éviter : un désherbage mécanique juste avant une pluie. Les outils déterrant les adventices, la pluie facilite leur réimplantation. En 2020, le climat fut relativement propice au désherbage mécanique car plusieurs périodes sèches se sont enchainées et ont donc facilité les interventions. En règle générale, un passage d’outil mécanique s’avère aussi efficace qu’un traitement chimique. » Les résultats de nos études démontrent qu’un binage permet, lorsque les conditions le permettent, de se passer d’un traitement chimique. La roto étrille quant à elle s’est avérée très prometteuse. En effet, elle permet un travail et une efficacité similaire à un binage. En association avec une bineuse frontale. L’outil devient encore plus performant. Toutefois il faut rester vigilent envers le désherbage localisé et le passage de herse étrille en prélevée qui restent très compliquée à mettre en place en fonction des problématiques des parcelles.

Description des essais effectués en 2020

Roto-étrille, bineuse, herse étrille... faites votre choix

Dans le programme Mont Blanc, le désherbage mécanique est testé sur cinq exploitations.