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Dans le cadre de son mémoire BADGE réalisé à UniLaSalle Beauvais, Julien Vasseur, inspecteur de culture chez Saint Louis Sucre, étudie deux modalités de travail du sol pour l’implantation de la betterave sucrière : le labour et le strip-till. L’objectif est de mesurer l’impact de ces itinéraires sur la qualité d’implantation et les performances de la culture, dans une logique de conservation des sols.

« Face à la hausse des coûts de mécanisation et à la nécessité de préserver durablement le potentiel des sols, il devient indispensable d’explorer d’autres manières de travailler la terre, explique-t-il. La conservation des sols s’impose alors comme une réponse technique cohérente puisqu’elle limite le travail du sol, maintient la couverture végétale et favorise la vie biologique. »

Un protocole conçu pour isoler l’effet du travail du sol

L’essai qui compare le labour et le strip-till est mis en place lors de la campagne 2024 chez un planteur engagé dans une réflexion autour de la réduction du travail du sol. Les deux modalités reposent sur une base technique commune afin de neutraliser les biais agronomiques.

Dans les deux cas, le couvert végétal est identique. Il associe de l’avoine (70 kg/ha) et de la phacélie (3 kg/ha). Un amendement organique à base de vinasse est apporté à raison de 3 t/ha. Le semis de la betterave est réalisé avec un semoir à disques, à une densité de 123 000 graines/ha. Ainsi, seul le mode de travail du sol diffère.

Modalités

- Labour : un lit de semence homogène et réchauffé

Dans la modalité labour, le sol est travaillé à l’automne sur une profondeur de 20 cm, ce qui permet l’enfouissement complet du couvert végétal. Au printemps, deux passages de préparateur (kompaktor) affinent et nivellent la surface afin d’obtenir un lit de semence homogène et bien rappuyé. Cette préparation favorise un réchauffement rapide du sol et une levée régulière des betteraves.

- Strip-till : un travail localisé sur la ligne de semis

En strip-till, le sol n’est travaillé qu’en bande. Un premier passage d’outils est réalisé à l’automne, à 16 cm de profondeur, directement dans le couvert. L’inter-rang n’est ni travaillé ni détruit mécaniquement. Au printemps, un second passage avec un Comdor Line affine la ligne de semis sur 4 cm de profondeur, sur une largeur d’environ 15 cm. La destruction du couvert est assurée chimiquement afin de limiter la concurrence en inter-rang. 

L’itinéraire technique en strip-till
L’itinéraire technique en strip-till

Résultats

- Des écarts d’implantation 

Les comptages réalisés après la levée montrent une différence nette de population. La modalité labour atteint 106 000 pieds de betterave/ha, contre 95 000 pieds/ha en strip-till, soit 11,6 % de plantes en moins. Des betteraves fourchues sont aussi observées dans la modalité strip-till, là où le semis est pratiqué en dehors de la ligne préparée.

Plusieurs facteurs expliquent cet écart. D’une part, la qualité d’implantation en strip-till est plus hétérogène, liée à un lit de semence moins fin, un rappuyage insuffisant et un sol plus lent à se réchauffer. D’autre part, des pertes de pieds sont observées en lien avec la présence de limaces, favorisées par les résidus en surface.

- Un impact direct sur le rendement

Cette différence de population se traduit par un écart de rendement significatif. Le mémoire met en évidence un gain de 23 tonnes en faveur de la modalité labourée. La levée plus rapide et plus homogène constitue un facteur déterminant dans cette performance.

Conclusion

Malgré un rendement en faveur du labour, l’essai ne remet pas en cause l’intérêt du strip-till. En revanche, il met en lumière les exigences techniques. La réussite de cette modalité repose sur un guidage précis du semis, une maîtrise du rappuyage et une gestion rigoureuse des ravageurs.

« Le strip-till s’inscrit pleinement dans une démarche de conservation des sols, à condition d’adapter l’itinéraire technique et d’accepter une phase d’apprentissage. Plus qu’une alternative au labour, il constitue un levier à manier avec précision », conclut Julien Vasseur.