Essais Mont Blanc, engrais décarbonés : une réponse agronomique liée aux conditions pédoclimatiques
Le programme Mont Blanc Le 27/03/2026Les deux années d’essais Mont Blanc sur les engrais azotés bas carbone de Fertiberia mettent en évidence leur dépendance aux conditions pédoclimatiques. Ces engrais restent une voie d’avenir.
La récente envolée du prix des engrais azotés, issus du gaz fossile, souligne encore davantage l’urgence de renforcer l’autonomie d’approvisionnement en Europe. Dans ce contexte, des innovations locales apparaissent prometteuses, notamment celles fondées sur l’utilisation d’énergies renouvelables.
L’engrais dit « décarbonés » ou « vert » IZDS+ développé par l’entreprise espagnole Fertiberia s’inscrit dans cette nouvelle génération de fertilisants. Sa fabrication intègre de l’hydrogène produit par électrolyse de l’eau à partir d’électricité renouvelable (panneau solaire). L’engrais affiche ainsi une réduction de 68 % de son empreinte carbone au stade industriel. Cette baisse des émissions de GES constitue un levier direct pour améliorer le bilan carbone de la betterave.
La fabrication représente 30 % des émissions de GES. Les autres émissions associées aux engrais sont liées à leur usage aux champs, via les processus de dénitrification, lixiviation et volatilisation de l’azote.
Dans le cadre de son objectif de réduction de 30 % des émissions de GES sur l’amont agricole à l’horizon 2030 (par rapport à 2018), quinze planteurs de Saint Louis Sucre ont donc testé l’engrais IZDS+ pendant deux ans. Ces essais les comparent à des références classiques, comme la solution azotée.
Un bilan 2025 en retrait, dépendant de la minéralisation du sol
« Les résultats observés en 2025 confirment le lien entre la performance de ces engrais et les conditions pédoclimatiques », indique Thomas Grisel, ingénieur apprenti Saint Louis Sucre.
Les 3 sites qui présentent un gain de rendement
Les 6 sites qui présentent des baisses de rendement
Ainsi, sur neuf sites fertilisés avec IZDS+ et comparés à la solution azotée 39 N, seuls trois d’entre eux présentent un gain de rendement. En moyenne, les six situations défavorables accusent une perte d’environ - 13,9 t/ha, quand les trois situations positives affichent un gain proche de + 10 t/ha. Le résultat moyen pour l’ensemble est de - 5,9 t/ha.
Cette variabilité se répercute directement sur le bilan économique. Le prix de la solution azotée alors retenu est de 0,87 € l’unité de N. Pour l’engrais IZDS+, il est de 2,2 € l’unité de N. Selon les cas, la baisse de rendement, combinée à un coût d’achat plus élevé de l’engrais bas carbone, dégrade la rentabilité. Par exemple, le résultat recule de 7 % à Étrépagny et jusqu’à 30 % pour le site Fouquerolles dans la Somme. L’essai qui révèle la meilleure performance (Eure) affiche un gain de 16 %.
Dans les conditions agronomiques de l’année, pour la majorité des situations la technologie ne parvient pas à compenser son surcoût.
Cette situation s’explique en grande partie par la dynamique de libération de l’azote. Formulé avec des inhibiteurs de nitrification, l’engrais Fertiberia limite également au champ les émissions de protoxyde d’azote. Mais, en contrepartie, il diffuse l’azote plus progressivement. En 2025, la minéralisation du sol s’est révélée faible en début de cycle. Par conséquent, la libération tardive a pénalisé l’alimentation des betteraves au moment où leurs besoins sont les plus élevés. Résultat : un déficit précoce qui se traduit par une perte de rendement.
Un bilan 2024 favorable pour 5 essais sur 7
« À l’inverse, les résultats obtenus en 2024 apparaissent plus favorables. Les sols avaient une bonne minéralisation en début de campagne. Par conséquent, les besoins initiaux des plantes ont été couverts. L’engrais décarboné Fertiberia a pris le relais jusqu’en fin de cycle grâce à sa diffusion progressive, ce qui permet d’observer des gains de rendement et une meilleure valorisation agronomique », explique Thomas Grisel.
Sur sept sites fertilisés en 2024 avec IZDS+ et comparés à la solution azotée 39 N, cinq présentent un gain de rendement. En revanche, deux essais enregistrent une perte. En moyenne, ces deux situations défavorables affichent une baisse moyenne de -4,1 t/ha. Quant aux cinq situations favorables, elles présentent un gain moyen de +3,7 t/ha. Ainsi, le résultat moyen de l’ensemble des essais s’établit à +1,4 t/ha.
Cette variabilité se répercute directement sur le bilan économique. Le prix de la solution azotée retenu était de 0,65 € par unité d’azote, contre 2,2 € par unité d’azote pour l’engrais IZDS+. Selon les situations, la baisse de rendement, combinée à un coût d’achat plus élevé de l’engrais bas carbone, dégrade la rentabilité. Finalement, on observe une perte économique moyenne de -0,26 %. Malgré un gain de rendement supérieur à celui observé en 2025, celui-ci ne permet pas, dans la majorité des cas, de compenser le surcoût de l’engrais.
Les 5 sites qui présentent un gain de rendement
Les 2 sites qui présentent des baisses de rendement
Évaluation économique à poursuivre
Reste la question du coût, aujourd’hui encore un frein majeur à la diffusion de cette catégorie d’engrais. « Si on arrive à massifier leur usage, le prix baissera mécaniquement », conclut Thomas Grisel.
Depuis l’étude, un autre facteur entre également en ligne de compte : l’impact du conflit au Moyen-Orient sur les prix et la disponibilité en engrais azoté.
Par conséquent, l’étude des tarifs d’engrais Fertiberia, le suivi de l’évolution des cours des engrais et l’analyse de la valorisation des crédits carbone générés doivent se poursuivre afin d’identifier le moment où leur utilisation deviendra pertinente techniquement et économiquement face aux engrais produits avec de l’énergie fossile.
