Désherbage : repartir d’une page blanche grâce au labour pour éviter l’impasse
La ferme agroécologique Le 09/03/2026Face à une pression croissante de graminées et de dicotylédones, s’autoriser le labour revient à utiliser un extincteur avant l’embrasement ! Sur la ferme d’Étrépagny, ce choix ponctuel sécurise la transition agroécologique, sans renier les principes du semis direct.
Colza, blé, orge d’hiver : trois cultures conduites successivement en semis direct strict et dans les règles de l’art. Pourtant, la parcelle qui les a accueillies se salit progressivement. Des foyers de graminées et de dicotylédones s’étendent par taches. Si elle n’a pas encore basculé dans l’impasse technique, elle est suffisamment infestée pour que la sonnette d’alarme soit tirée.
« Impossible dans ce cas de se contenter d’un désherbage chimique ou mécanique, explique Clément Bunias, responsable de la ferme d’Étrépagny. Une autre réponse s’impose, plus radicale et inscrite dans la durée. » Quant à la structure du sol, sa qualité n’est pas optimale. « Elle nécessite d’être retravaillée un peu plus en profondeur », complète-t-il.
La décision est alors prise : repartir d’une page blanche en réalisant un labour.
Pourquoi le labour et non un simple déchaumage ?
L’option d’un déchaumage à 15–20 cm est rapidement écartée. Après trois années de semis direct, les graines d’adventices se sont accumulées en surface. Un travail superficiel avec un chisel ne ferait que les mélanger dans l’horizon du sol travaillé. Pire : l’aération favoriserait leur levée. « Le labour, au contraire, permet d’enfouir cette banque de graines en profondeur, ajoute Clément Bunias. La terre qui remonte en surface est alors plus saine, beaucoup moins chargée en semences d'adventices. »
Autre objectif : retravailler la structure du sol, au moins jusqu’à 20 cm. Là encore, le labour s’impose comme l’outil le plus cohérent pour répondre simultanément au manque de porosité et aux difficultés de désherbage. De plus, ce choix se réfléchit et se justifie par rapport à la rotation. « En 2026, nous optons pour des féveroles, indique le responsable de la ferme. En 2027, ce sera du blé et en 2028, des betteraves sucrières. Le blé est une culture qui s’implante très bien en semis direct après ces légumineuses. Nous sommes également capables d’implanter des betteraves avec un travail du sol réduit après un blé. C’est donc le bon moment pour procéder au labour qui n’interviendra dans le futur que derrière les betteraves si nécessaire. »
Un levier ponctuel, intégré dans une stratégie longue
Ce choix du labour n’est ni un renoncement au semis direct, ni un retour en arrière. Il s’inscrit dans une trajectoire agroécologique fondée sur une association de techniques. En pratique, réduire le travail du sol jusqu’au semis direct avec un labour ponctuel en situation extrême est un levier agronomique puissant pour limiter l’usage des herbicides. « Le labour permet de repartir sur une parcelle propre, mais ensuite, il faut laisser le sol se restructurer par l’activité biologique et les systèmes racinaires », insiste Clément Bunias. D’où le choix de limiter le travail du sol.
SAINT LOUIS SUCRE EST AGRÉÉ POUR LE CONSEIL À L’UTILISATION DES PRODUITS PHYTOPHARMACEUTIQUES (N° HN00104)
