Marché mondial
Prix mondial FOB* du sucre en €/t (1er terme coté)
Source : Marché de Londres, source ICE.
converti en € taux BCE du jour
Marché européen
Prix moyen du sucre blanc au sein de l'Union Européenne
Source : EU Commission, Committee for the Common Organisation of Agricultural Markets : Observatoire des prix du sucre.
*FOB signifie Free On Board. Pour connaître le prix réel du fabricant de sucre, il faut déduire les frais d'acheminement au port et les frais de chargement du bateau.
Les prix mondiaux et européens présentés dans les courbes ci-dessus, ne sont pas les prix de vente constatés au sein du groupe Südzucker pour la détermination du prix SZ4.
Daniel Calmejane
Directeur des Ventes Industrie et Export, Saint Louis Sucre
Un marché du sucre volatile sous influence géopolitique et du prix de l’énergie
Un retournement brutal des cours après le point bas de février :
Après avoir atteint un plus bas niveau le 13 février, avec un cours du sucre blanc à 373 $ par tonne, le marché change rapidement de direction. La hausse reste d’abord modérée, avant de s’accélérer brutalement lors du déclenchement de la guerre américano-israélienne en Iran. Le conflit propulse le cours mondial à 463 $ par tonne le 25 mars.
L’environnement géopolitique prend alors immédiatement le relais de l’annonce d’une prévision de production en baisse en Inde. Elle avait déjà incité les experts à réviser l’excédent au titre de la campagne 2025/2026.
La fermeture du détroit d’Ormuz et l’augmentation violente du prix du pétrole qui s’en suit accélèrent ce mouvement haussier. Cette situation renforce l’hypothèse d’un arbitrage du Brésil en faveur de la production d’éthanol au détriment du sucre pour la campagne de production à venir.
Le rôle déterminant des fonds de pension :
Les fonds de pension contribuent également fortement à l’accélération du mouvement. En moins de trois semaines, leur position nette vendeuse, proche de 250 000 lots (équivalents à 12 millions de tonnes de sucre), fond rapidement pour ne plus représenter que 107 000 lots à mi-avril (soit 6 millions de tonnes).
Les achats massifs destinés à déboucler ces positions vendeuses jouent alors un rôle d’accélérateur de marché.
Un repli récent malgré des fondamentaux toujours incertains :
La hausse est toutefois freinée depuis le début du mois d’avril. En quinze jours, le marché a effacé une bonne partie de la progression enregistrée précédemment.
Le 15 avril, le sucre blanc s’échange à 412 $ / 350 €, tandis que le sucre brut passe une nouvelle fois le seuil de 14 cs, à 13,51 cs/298 $ / 252 €.
Le retour d’une parité €/$ à 1,18 ajoute un effet baissier aux prix exprimés en euros.
Plusieurs facteurs expliquent cet épisode de baisse. L’excédent pour la campagne 2025/2026 est revu à la hausse, en ligne avec des informations fraîches en provenance du Brésil, l’incertitude qui perdure sur la durée du conflit au Moyen-Orient, et le retour des fonds de pension avec un programme de vente à terme. Les derniers jours du mois d’avril effacent une partie de cette baisse, le sucre blanc s’échangeant le 27 avril à 435 $ / 370 €. Les incertitudes demeurent nombreuses et les prochaines semaines pourraient à nouveau modifier la direction du marché dans un sens ou un autre.
Le pétrole et la politique brésilienne au cœur des anticipations :
L’annonce de l’ouverture de négociations entre Américains et Iraniens entraîne le repli du prix du baril au-dessous de la barre des 100 $, rendant moins certaine la perspective d’une politique fortement orientée vers l’éthanol au Brésil.
Les fonds de pension, après avoir fortement allégé leur position vendeuse, restent désormais dans l’expectative. Ils contribuent nettement moins à l’activité du marché.
L’Inde maintient ses exportations malgré une production révisée à la baisse :
Malgré une production révisée en forte baisse (- 1 à - 2 millions de tonnes), l’Inde n’envisage pas, pour l’instant, d’arrêter son programme d’exportation de 2 millions de tonnes.
Les campagnes de production la Thaïlande, de la Chine et du Pakistan, tout particulièrement en Thaïlande, s’annoncent nettement meilleures que prévu. Cette amélioration compense en grande partie la baisse de production indienne. Elle contribue à une révision à la hausse de l’excédent 2025/2026 chez certains analystes.
Des estimations d’excédent très divergentes :
Tous les experts ne partagent pas la même analyse de l’équilibre du marché pour la campagne 2025/2026.
Les estimations d’excédent varient fortement :
- 2,8 millions de tonnes selon GlobalData
- 800 000 tonnes selon S&P Global Energy
Ces écarts traduisent la difficulté persistante à analyser sereinement les mois à venir dans un environnement particulièrement instable.
Des facteurs haussiers toujours présents :
Les signaux haussiers, s’ils ont perdu en visibilité depuis une quinzaine de jours, restent néanmoins bien présents. Ils pourraient rapidement revenir au premier plan.
Les producteurs brésiliens anticipent notamment une possible décision du gouvernement visant à relever, pour la prochaine campagne, le taux légal de mélange d’éthanol anhydre incorporé à l’essence, en le faisant passer de 30 % à 32 %.
Selon Safras & Mercado, la part de la canne à sucre utilisée pour produire de l’éthanol plutôt que du sucre pourrait atteindre 54 %, contre 53 % dans la prévision précédente et 51 % pour la campagne 2025/2026, ce qui entraînerait mécaniquement une réduction de la production de sucre.
Pour mémoire, une augmentation d’un point de pourcentage de la part éthanol dans le mix sucre-éthanol représente près de 800 000 tonnes.
Toute décision de l’Inde visant à interrompre son programme d’exportation en cours retirerait également un tonnage significatif de sucre du marché.
Le risque climatique El Niño s’intensifie :
La probabilité d’un épisode climatique El Niño, et son impact négatif potentiel sur la production à venir, notamment en Inde, se renforce semaine après semaine. Le niveau de probabilité dépasse désormais 60 %. À plus moyen terme, une pénurie d’engrais pourrait également peser sur les productions futures.
Des perspectives dépendantes des tensions géopolitiques :
Les bouleversements géopolitiques en cours continueront de peser fortement sur les cours dans les semaines à venir. Toutefois, la hausse durable des coûts de production observée à l’échelle mondiale constitue un facteur structurel susceptible de soutenir les prix du sucre. Les prochaines semaines devraient apporter de nouveaux éléments susceptibles de modifier rapidement les perspectives de marché.
Deux scénarios d’évolution à court terme :
Deux trajectoires principales se dessinent actuellement :
- Scénario d’apaisement géopolitique
Une résolution rapide du conflit iranien et la réouverture du détroit d’Ormuz pourraient maintenir le cours du sucre raffiné dans une fourchette comprise entre : 400 et 440 $ par tonne.
- Scénario de tensions prolongées
Une reprise des actions militaires, un blocage prolongé du détroit d’Ormuz ou une extension du blocage vers la mer Rouge pourraient :
- propulser le cours du pétrole au-dessus de 120 $
- renforcer l’hypothèse d’une politique favorable à l’éthanol au Brésil
- entraîner une nouvelle hausse du cours du sucre
Focus Europe : coûts de production, importations et restructuration industrielle :
- Une production européenne sous pression économique
La production de sucre au sein de l’Union européenne subira également les effets de l’augmentation de ses coûts de production.
Les semis 2026/2027, estimés par l’Union européenne en baisse de 7,5 % à 8 %, devraient contribuer à rééquilibrer progressivement le marché.
Dans ce contexte, les prix devraient devenir moins dépendants de la parité export pour se rapprocher davantage de la parité import, elle-même dépendante :
- du cours mondial du sucre brut
- du coût de raffinage
Ces deux variables progressent fortement depuis le début du conflit.
- Une décision réglementaire attendue sur les importations
Sur le volet des importations de sucre brut destiné au raffinage, une décision de la Commission européenne est attendue pour la fin du mois d’avril. Cette décision pourrait également impacter l’équilibre de la prochaine campagne.
Suite aux interrogations de la filière betterave et sucre, le commissaire Hanssen (DG Agri) a annoncé, au mois de janvier, son intention de suspendre temporairement la procédure douanière PA-S (Perfectionnement actif suspension).
Ce mécanisme permet l’importation sans droit de douane de sucre brut destiné au raffinage en Europe, en apurement d’exportation de sucre blanc en dehors de l’Union européenne.
Dans l’hypothèse où cette suspension serait confirmée, cela pourrait se traduire, pour la campagne 2026/2027, par :
- un recours accru aux contingents CXL à 98 € après utilisation des sucres disponibles d’origine ACP-PMA et contingents FTA exemptés de droits de douane.
Ces volumes ne pourraient pas se substituer en totalité aux 500 000 tonnes importées sous PA-S.
Le dossier se trouve actuellement au stade de la consultation interservices de la Commission européenne.
- Une restructuration industrielle qui confirme la tension économique
Les récentes annonces de fermetures de sucreries en Europe pour la campagne 2026/2027 confirment une réalité économique désormais largement partagée :
Les niveaux de prix atteints ne permettent pas de couvrir les coûts de production, y compris avant la flambée récente du prix de l’énergie.
Le groupe italien Coprob annonce ainsi la fermeture temporaire de la sucrerie de Pontelongo pour la campagne 2026/2027.
Dans le même temps, Nordzucker :
- arrêtera la production de sucre de betterave en 2026/2027 dans son usine slovaque de Trenčianska Teplá
- fermera également sa raffinerie de canne finlandaise de Porkkala
Conclusion :
Un plancher probablement atteint, mais une volatilité durable
Le marché semble avoir atteint son point bas au mois de février dernier, tant en Europe que sur le marché mondial.
Une nouvelle phase ascendante s’amorce depuis quelques semaines, même si elle est temporairement interrompue depuis le début du mois d’avril par l’annonce de négociations entre les États-Unis et l’Iran.
Dans ce contexte, si le prix de l’énergie devait durablement rester à des niveaux élevés, les producteurs de sucre de betterave et les raffineurs de sucre de canne n’auront d’autre choix que :
- de rester fermes dans les négociations à venir
- de répercuter les surcoûts dans les prix 2026/2027
L’enjeu est de retrouver des niveaux de rentabilité compatibles avec la pérennité de la production de sucre de betterave en Europe.
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Bilan de la campagne sucre 2024-2025 : excédents persistants et prix orientés à la baisse
Retour sur deux années de baisse continue sous l’effet des excédents de production, des dispositifs douaniers et des importations.
En 24 mois, les prix du sucre en Europe n’ont cessé de baisser. L’observatoire des prix de l’Union européenne, pour la région 2 (France, Belgique, Allemagne, Pays-Bas), s’établissait à 511€/t en janvier 2026, contre 767 €/t en septembre 2024 et 532 €/t en septembre 2025.
Cette baisse continue, initialement alimentée par des importations massives de sucre ukrainien après l’ouverture sans limite du marché européen par la Commission et par une consommation atone, s’est inscrite dans un contexte mondial également baissier. En ligne de mire : la prévision d’un excédent pour la campagne 2025/2026 supérieur à 3 millions de tonnes.
Volumes importants et parité euro/dollar :
Les très bonnes campagnes annoncées au Brésil, en Inde et en Thaïlande, ainsi qu’un prix du pétrole bas incitant les producteurs brésiliens à privilégier la production de sucre au détriment de l’éthanol, ont largement contribué à cette baisse.
L’Inde, restée absente du marché export pendant plusieurs campagnes, a ainsi ouvert un contingent d’exportation de 1,5 million de tonnes, porté ensuite à 2 millions de tonnes, envoyant un signal clairement baissier au marché.
Dans le même temps, les fonds de pension américains ont construit une position vendeuse importante, accélérant la baisse des cours, jusqu’à atteindre un niveau record de 250 000 lots (équivalent à 12,5 millions de tonnes) en février 2026.
La parité euro/dollar, avec un dollar plus faible, accentuait la pression sur les prix exprimés en euros, alors que la consommation européenne restait atone, en particulier pour les chocolatiers, fortement pénalisés par la hausse du prix du cacao.
Le prix européen s’est alors aligné sur la parité export. Les producteurs n’avaient d’autre choix que d’exporter une partie de leur production hors Union européenne, à des niveaux historiquement bas.
Régime douanier et marché déséquilibré :
Un facteur conjoncturel supplémentaire a pesé sur les prix dans les régions déficitaires (Espagne, Grèce, Italie) : l’utilisation massive du régime douanier de Perfectionnement actif suspension (PA-S). Ce mécanisme permettait de compenser les exportations européennes de sucre blanc par des importations de sucre brut destiné au raffinage, sans droit de douane.
Ce dispositif s’est largement substitué aux importations traditionnelles en provenance des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et PMA (Pays les moins avancés, catégorie définie par l’Organisation des nations unies). Ces régions relèvent d’accords de libre-échange, tout en disqualifiant les contingents CXL soumis à un droit de 98 €/t (engagements tarifaires de l’Organisation mondiale du commerce, négociés lors de la réforme du régime sucrier européen en 2006).
Au total, plus de 500 000 tonnes de sucre brut destiné au raffinage ont été importées sous ce régime, accentuant la pression sur les prix dans les pays déficitaires et, par effet domino, dans les pays voisins.
Face à ce marché déséquilibré, la première réaction a été d’inciter les planteurs à réduire les surfaces semées pour la campagne 2025/2026, avec trois objectifs :
- Rétablir l’équilibre offre-demande
- Réduire la dépendance aux exportations
- Favoriser une remontée des prix
Au total, les semis en Europe ont reculé de 8 %.
Cette information, publiée dans les bilans de la Commission européenne, a laissé entrevoir une possible remontée des prix. Dès avril 2025, certains clients ont anticipé leurs achats, pensant profiter des prix du moment avant une hausse attendue à partir de l’été.
Bonnes récoltes 2025 voire rendements records :
Mais les conditions climatiques ont été particulièrement favorables dans l’ensemble des pays producteurs. Dans certaines zones, des rendements record ont été enregistrés.
En résumé, l’augmentation des rendements a entièrement compensé la baisse des surfaces.
Les négociations estivales ont alors tourné à l’avantage des acheteurs, qui ont retardé leurs achats au maximum. Les vendeurs ont dû arbitrer entre deux options défavorables :
- vendre en Europe à des prix ne couvrant plus les coûts de production,
- exporter massivement hors UE dans un environnement de prix historiquement bas.
Malgré un programme d’exportation soutenu, le stock final de sucre en Europe à fin septembre 2026 devrait atteindre environ 2,8 millions de tonnes, confirmant la persistance d’un excédent important.
Dernière mise à jour de la courbe : 04 mai 2026.
Dernière mise à jour de l’analyse : 27 avril 2026.
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